Gerhard Richter, peintre du réel
Une exposition rétrospective
La Fondation Louis Vuitton à Paris met à l’honneur depuis le 17 octobre 2025, l’un des plus grands artistes contemporains de notre époque, Gerhard Richter.
La rétrospective retrace les grandes périodes de l’artiste qui travaille toujours à partir de photographies ou de dessins. Il peint essentiellement à la peinture à l’huile, mais l’exposition présente également quelques dessins et aquarelles abstraites moins connues du grand public.
L’artiste qui excelle autant dans l’art figuratif que l’art abstrait, n’hésite pas à inverser les codes traditionnels de ces pratiques. Par exemple, à l’inverse de nombreux artistes modernes, Gerhard Richter privilégie le dessin pour l’abstrait et la peinture pour le figuratif.
La peinture abstraite s’impose à Gerhard Richter à la fin de son parcours d’artiste-peintre. Vivant à Cologne en Allemagne, il se consacre dorénavant à des installations dans l’espace public. C’est même lui qui est l’auteur des vitraux de la Cathédrale de Cologne.
L’exposition retrace ainsi toutes les étapes de son parcours de vie en tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’homme, père de famille, homme amoureux et homme tourmenté par les événements qui auront marqué une Allemagne déchirée par la Seconde Guerre Mondiale.
Betty, la fille de Gerhard Richter qu’il a souvent peinte à partir de photographies qu’il avait lui même prises. Ici, elle tourne le dos en référence aux oeuvres des peintres hollandais du 17e siècle, dans lesquelles les femmes ne regardent pas directement le spectateur, le poussant ainsi à s’interroger sur son propre regard.
Gerhard Richter a peint sa femme Sabine et leur premier enfant, Moritz (1994-1995).
Gerhard Richter, de l’abstrait et du figuratif pour représenter le réel
Né en 1932 à Dresde, en Allemagne, il commence a se faire connaître au début des années 1960 pour ses « peintures photographiques » : à l’inverse des artistes modernes qui tentent de déconstruire l’art figuratif et d’en transgresser les règles par l’abstrait, Richter explore la photographie par une représentation de l’image « ultra réelle ». Il représente par la peinture l’image saisie par la photographie.
Il enveloppe les formes des objets peints d’un effet vaporeux tel le sfumato de Leonard de Vinci, ce qui donne une impression de flou lorsque l’on regarde de près et de très forte netteté de l’image lorsqu’on éloigne son champ de vision.
“Annonciation” d’après Titen, 1973.
Sa maîtrise pointue des techniques lui permet d’aller plus loin dans l’exploration du visible et de l’invisible avec l’art abstrait. Sachant représenter la réalité à la perfection, Richter aborde l’abstrait avec un vrai désir de dépasser les codes techniques de l’art : ses œuvres abstraites sont une recherche de la matière et de la couleur. Cette couleur en cache toujours une autre avec cette finesse brute si particulière du travail de la matière qui laisse finalement transparaître un paysage sous un apparent magma de peintures.
Quant à ses séries de natures mortes, de bougies et de crânes, on peut en avoir deux lectures : une liée aux interrogations métaphysiques de l’artiste, au temps qui passe, à la mort largement inspirée des oeuvres des artistes du 17ème siècle. Et une autre qui dénonce une société baignée dans la représentation du kitsch. Il consacre d’ailleurs plusieurs oeuvres aux artistes français Pierre&Gilles pour lesquels il témoigne de l’admiration.
Au-delà de son exploration des codes de l’art et de sa recherche technique, Gerhard Richter est un artiste engagé dans une société allemande marquée par les violences de la bande à Badeer. Il n’hésite pas à relancer un débat en Allemagne par le biais d’une série de peintures représentant les coulisses de la violence de ce triste événement. Il explorera d’autres thèmes comme Dresde anéantie ou les tours du World Trade Center. Là encore il essaie de représenter la réalité au plus près de ce qu’elle est.
Tableau de 1964, inspirée de coupures de presse allemandes.
Gerhard Richter n’est pas seulement une exposition, c’est aussi toute la vie d’un homme qui a traversé le 20ème siècle et sa manière de percevoir le monde, sa beauté, ses fragilités et ses violences… une réalité empreinte de sensibilité et de douceur à découvrir à la Fondation Louis Vuitton à Paris jusqu’au 2 mars 2026.