Qu'est-ce que l'art ? Derrière l'oeuvre, l'humain.
Pourquoi un artiste crée-t-il ? Mille raisons sont possibles, mais le plus souvent, c’est parce que cela nait d’un besoin profond de créer et de transmettre un univers qui n’est pas toujours exprimable par des mots. En général, on ne se décrète pas artiste. On sent même parfois chez eux une certaine gêne à admettre ce statut lourd de sens et chargé d’histoire. De l’artiste maudit à l’artiste star, comment se positionner ? Faut-il d’ailleurs vraiment le faire ? C’est en tous cas la société tout entière qui décide si telle ou telle œuvre est de l’art et, par voie de conséquence, si son auteur est un artiste.
Pourquoi le statut d’artiste se décide-t-il en rapport avec la valeur du produit fini ? Pourquoi se concentrer sur la finalité, la valeur et le résultat pour décider ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas ? Et si finalement le processus n’était pas aussi important que le résultat ? Tout comme on dit que le chemin parcouru est aussi important que l’objectif qu’on se fixe, le processus de créer est tout aussi important que ce qu’il en résulte. Le travail de l’artiste est d’abord solitaire. Dans son atelier ou sa chambre, il prend sa plume, son instrument ou ses pinceaux pour exprimer une idée, une émotion… la pulsion naît avant tout d’un besoin de dire. L’artiste entre alors dans un processus de cheminement et d’apprentissage.
J’aime citer l’artiste Jackson Pollock qui est l’exemple de l’apprentissage par le processus et par l’échec. C’est en testant la technique du dripping qu’il apprend. Il apprend d’ailleurs davantage dans sa solitude avec l’œuvre qu’en la confrontant au regard des visiteurs. C’est d’ailleurs ce regard extérieur qui fera accélérer sa propre perte. Le succès n’est pas toujours synonyme de réussite. À l’inverse, le peintre Van Gogh immensément connu aujourd’hui mourut pourtant dans la misère la plus totale en ayant vendu un seul et unique tableau de son vivant… à son frère. Le plus injuste dans l’histoire n’est pas qu’il soit mort dans la misère. Le plus injuste, c’est de constater que c’est la société tout entière qui a décidé bien après sa mort que ses créations étaient des œuvres d’art. Qu’une œuvre soit de l’art ou pas, est-ce finalement ce qui importe le plus ?
N'avez-vous jamais été émue devant le travail d’artisans méconnus sur des marchés ou devant des tableaux d’anonymes sur une brocante ? À mon sens, c’est cette émotion-là qui fait l’intérêt d’une création, c’est ce lien soudain qui se crée entre l’image, le son, le geste et votre ressenti. Il s’agit alors d’une histoire de rencontre qui vous lie à l’œuvre. Parfois, le coup de foudre est tel qu’il vous faut la posséder et la remporter chez vous. Elle aura alors d’abord une valeur affective avant même d’avoir une fonction décorative. L’œuvre vous a touché et vous souhaitez la posséder pour ressentir à chaque fois cette même émotion que lorsque vous l’avez vue pour la première fois. À mon sens, c’est cela qui importe le plus : le processus (émotion) importe davantage que le résultat (décoration). Il vous sera toujours plus difficile de vous séparer d’une œuvre qui a une forte valeur affective même si l’auteur est parfaitement inconnu que de vous séparer d’une œuvre dont l’usage est, pour vous, purement fonctionnelle.